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Ecotaxe, comment la démagogie a fini par gagner.

L’écotaxe ; une idée qui faisait consensus et qui prend fin sans avoir été mise en œuvre. Mais qui hélas entre temps a créer un coût énorme : près de 800 millions d’euros. L’idée de Jean Louis Borloo et de Nicolas Sarkozy a donc fait long feu. Peu défendu par la droite elle-même, seuls les écologistes en ont défendu le principe.

Cette taxe payable au kilomètre devait frapper tous les transports par poids lourds (français ou étrangers), elle aurait permis de rationaliser l’organisation des transports de marchandise (optimisation des circuits routiers et attractivité des modes alternatifs à la route), au bénéfice de la qualité de l’air et de l’état des routes. Elle aurait contribué à réduire la concurrence déloyale et aurait favorisé la compétitivité des circuits économiques courts au détriment des transports longs.

Le mouvement réactionnaire et identitaire Breton à la manœuvre.

Un conglomérat bretonnant de la droite régionaliste à la gauche de circonstance (Christian Troadec), en passant par la FNSEA, tous au cri de « Bretons » a défilé bonnet rouge et violences habituelles, et a fini par faire plier le Gouvernement. Les portiques brûlés, les bâtiments publics attaqués…et hélas une foule d’ouvriers aveuglés et exaltés, embarqués sur le bateau d’un patronat réactionnaire.

Forcément quand on produit de manière industrielle et polluante de la viande de porc en France, qu’on fait voyager par camion dans toute l’Europe sa production pour optimiser ses coûts de production, on n’a pas trop envie de payer davantage. Cette mesure aurait sans doute permis à terme une production de meilleure qualité, réalisée sur place et pas pour partie en Allemagne ou en Pologne, mais ça les ouvriers ne l’ont pas compris.

Le lobby du transport routier vent debout.

Le lobby routier était sur ses gardes. Des taxes déjà annoncées, EELV dans la majorité au Parlement…beaucoup d’indices qui pesaient contre le monde du camion. La lutte contre le projet d’écotaxe était déjà bien amorcée, quand les premiers manifestants ont pointé le bout de leur bonnet rouge. Là déjà les Gouvernements successifs ont péché par naïveté, à moins que cela soit pour dissimuler une motivation molle à mettre en place l’écotaxe. A n’en pas douter les camionneurs allaient s’agréger aux mécontents de tous poils. Il aurait surement fallu les impliquer dans les négociations et leur faire comprendre l’intérêt de l’écotaxe qui permet de rejeter les grands transporteurs internationaux des routes de France.

Une logique gouvernementale qui en manque pas mal.

Avant même son arrivée au Gouvernement Ségolène Royal s’est dit contre une écologie punitive, soit. Manuel Vals le Premier ministre avait fait une déclaration d’amour au Medef, soit. Donc le principe du pollueur payeur semblait avoir pris du plomb ! Aucune concertation ne semble avoir eu lieu entre la Ministre et le Ministre de l’économie. Pourtant les enjeux financiers étaient importants ; le contrat avec Ecomouv était blindé. Ségolène Royal nous a fait du Ségo 100 %, la dame de fer du Poitou avait décidé. La cacophonique gouvernementale n’est plus à ça près.

 Une nouvelle taxe s’impose !

Pollutaxe (3)

Après cet enterrement de 1ère classe, il apparaît pourtant nécessaire de remettre la question des recettes de financement de nombreux projets d’infrastructures de transports collectifs. L’idée du pollueur payeur reste quand même un levier important pour assurer une mutation du transport routier en partie vers le rail et pour à terme fixer la production dans les territoires français.

Si on ne veut pas que cela finisse par être le pollué le payeur, la nécessité d’une nouvelle taxe s’impose. Les tristes leçons de l’écotaxe devraient engager le Gouvernement à plus de préparation sur la loi ; revenir sur cette idée de partenariat public-privé trop favorable aux intérêts du privé, et revoir les barèmes pour que cette taxe ne soit pas davantage payée par les petits transporteurs au dépend des plus gros. Davantage de pédagogie dans la forme, le soulèvement breton bien orchestré, doublé d’une passivité remarquable du reste des français doit amener à préparer l’arrivée d’une telle mesure par une explication pédagogique. La mutation du système est à ce prix aussi.

Suspension du péage poids lourds : une économie punitive au détriment des ménages

La suspension sine die de la taxe poids lourds annoncée aujourd’hui est le signe d’un pays bloqué, extrêmement difficile à réformer, et incapable de concertation. Cette suspension intervient alors que les financements pour l’aménagement du territoire, la solidarité territoriale, les transports en commun et le report modal sont en panne. Cette décision est en outre un mauvais signal sur notre volonté collective à répondre au défi du changement climatique avant la COP21 à Paris en 2015.
Les consommateurs sont encore une fois victimes des lobbies, puisqu’en remplacement d’une taxe poids lourds qui aurait pesé sur les utilisateurs des routes, c’est sur une fiscalité sur l’ensemble des ménages que va peser la recherche en urgence de financements afin de maintenir un minimum d’investissements dans les infrastructures de transport, et de sauver des milliers d’emplois menacés dans le BTP.
Ronan Dantec dénonce cette économie punitive qui fait peser sur les ménages l’ensemble des coûts alors qu’une logique pollueur-payeur incite à l’amélioration des process économiques et à l’intégration de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises au bénéfice du bien-être collectif.
Ronan Dantec appelle à une reprise de la discussion avec les transporteurs sur cette taxe qui avait fait consensus, y compris dans les milieux économiques, lorsqu’elle a été décidée en 2007. Dans son rapport sur le budget des transports routiers, il avait proposé des mesures d’accompagnement des transporteurs pour que la mise en place de la taxe poids lourds soit l’occasion d’améliorer les conditions de travail des chauffeurs routiers et la compétitivité des entreprises de transport. Il considère en tout état de cause que la remise en cause de la taxe poids lourds doit s’accompagner de l’annulation des avantages obtenus par les transporteurs en contrepartie de sa mise en œuvre (exonération de taxe à l’essieu, autorisation des méga-camions).
La lutte contre la concurrence déloyale et le dumping social dans le secteur du transport est une priorité. Mais en s’opposant à cette taxe poids lourds (d’abord dirigée vers les transports internationaux de transit), les transporteurs s’opposent aussi à une régulation de la concurrence sauvage du transport routier dont ils se disent pourtant les premières victimes.  
Romain DANTEC, Sénateur de Loire-Atlantique
Vice-président de la commission du Développement durable,
des Infrastructures, de l’Equipement et de l’Aménagement du territoire
Groupe Ecologiste du Sénat
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