Le mouvement écologiste entre rupture et institutionnalisation.

Le mouvement écologiste politique s’interroge depuis quelques mois sur la bonne stratégie et plus largement sur le bon positionnement politique qu’EELV doit adopter dans un spectre particulièrement incertain. L’écologie politique est née des combats associatifs menés par des militants fédéralistes contre le nucléaire ou les conséquences négatives de la société industrielle des années soixante. Les lointains pionniers ; « marginaux et originaux » dans la société de la fin des trente glorieuses ont enfanté des militants politiques souvent bien éloignés de leur esprit de lutte.

Depuis les années 80, le mouvement écologiste s’est fait une place parmi les grands partis politiques français. L’écologie politique progressivement se mue d’un groupe de lutte en un parti politique. De là commence les interrogations qui traversent encore notre mouvement et qui se font aigues aujourd’hui. Les forces en faveur de la participation aux différents exécutifs et celles qui incarnent un radicalisme du positionnent sont en lutte permanente, plus ou moins larvée en fonction des succès ou insuccès électoraux. Trouver le point d’équilibre semble difficile, est-il d’ailleurs réellement souhaité par les uns et les autres ?

Le mouvement écolo, c’est la somme des paradoxes !

Premier paradoxe de la situation ; alors les écologistes pensent qu’un changement radical de système et de valeurs est nécessaire pour ancrer la vie humaine de manière harmonieuse dans son cadre naturel, nous sommes également profondément conscients du risque de devenir des Khmers Verts tant la tension entre la liberté individuelle, voir les choix individualistes et cette nécessité de changement sont forts. Le risque de passer de l’image des doux rêveurs aux moralisateurs est forte.

Deuxième paradoxe, notre projet sur bien des points pourrait rassembler un tiers des électeurs (chiffre annoncé par E. Lecoeur dans un Jeudi de l’écologie à Lyon). Toutefois notre mouvement peine à se faire comprendre d’un nombre d’électeurs qui se situe en moyenne autour de 10 %. Notre projet s’il reçoit l’approbation d’un grand nombre apparaît comme un projet pour ménages aisés et détachés des difficultés sociales et économiques du plus grand nombre. La composition du corps militant d’EELV ne peut que donner hélas qu’une confirmation de ce sentiment.

Aujourd’hui, à la caricature du rêveur, ou du moraliste s’ajoute celle des arrivistes. L’image désastreuse donnée par certains élus nationaux ou locaux qui souhaitent participer à tous prix aux différents exécutifs ne fait que troubler un peu plus l’image du parti écolo. Le point d’équilibre dont je parlais au début de mon propos est de plus en plus difficile à trouver. Au point que certains parlent de rupture, de scission.

Etape indispensable : la politique autrement en interne !

Si notre mouvement veut gagner le cœur des électeurs et obtenir leur adhésion, il sera nécessaire de redécouvrir le sens de l’expression « la politique autrement » pour nous-mêmes. Ne plus accepter les petits arrangements entre amis le soir d’un premier tour d’élection pour conserver des oripeaux de pouvoir, ne plus tolérer la saturation de la parole par les spécialistes de la spécialité…mais ouvrir le débat en associant les militants, construire des stratégies ensemble, redistribuer le pouvoir, et enfin incarner le mouvement autrement vers l’extérieur.

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