Monthly Archives: janvier 2015

Voyages vers l’enfer

J’ai eu l’occasion hier vendredi 30 janvier de rencontrer Mourad BENCHELLALI au local d’EELV à Lyon, où il est venu présenter son parcours aux militants écologistes présents. Soirée réussie par bien des aspects. Tout d’abord la rencontre avec Mourad, homme simple, réservé, réfléchi, presque timide. Influencé par un frère ainé très religieux, Mourad n’a pas vingt ans quand il part en juin 2001 en Afghanistan rejoindre les camps d’Al-Qaïda. La suite on la connaît ; les attentats contre le World Trade Center de New-York, l’intervention occidentale en Afghanistan, son arrestation et sa détention à Guantanamo pendant près de trois ans.

Puis par son témoignage. Malgré un ton presque monocorde et réservé, ce témoignage a raisonné de manière très importante pour nous tous, une vraie rencontre, forte, vraie. Comment un jeune « beur » de Vénissieux comme ils sont des milliers, peut partir un jour faire le Jihad ? Mourad témoigne de sa méconnaissance à l’époque du Coran, le manque d’informations sur la situation en Afghanistan , l’influence des autres, l’envie d’un moment d’aventure et de dépaysement. Forcément on ne peut pas s’empêcher de faire un rapprochement avec les auteurs des attentats en France contre Charlie Hebdo et le supermarché Cacher en janvier.

« Je suis parti sur les conseils de mon frère. Je suis ni un terroriste ni un djihadiste mais un jeune qui s’est fait embrigader ».

Mourad explique simplement pourquoi les jeunes magrébins se sentent plus musulmans que Français…que la plupart comme lui à leur âge n’ont pas de connaissances, et que bien peu ont vraiment lu le Coran. Ils sont un peu paumés dans une société qu’il ne reconnaissent pas et qui finit par les mettre à l’écart. Moment fort quand il explique que pour ces jeunes la laïcité est considérée par eux comme une atteinte à  l’Islam.

Mourad ne fait pas que raconter son parcours, il propose des solutions pour que nos jeunes ne basculent pas dans l’extrémisme. Pour lui par de discours Républicain, pas de rappel sur les règles de la laïcité…plutôt une approche religieuse. Point par point, lecture du Livre à l’appuie, démontrer ce qu’est l’Islam, démonter les mauvaises interprétations de l’Islam.

Enfin Mourad parle de son incarcération. A Guantanamo, mais aussi en France à la suite de son extradition. Son isolement en prison, la pression de la police et de la justice sur sa famille. Il insiste sur le fait qu’avec le traitement qu’il a subi pendant plus de cinq ans, il aurait pu lui aussi finir par devenir un vrai terroriste, une bombe à retardement.

Nul doute que cette rencontre laissera à ceux venus l’écouter le souvenir d’une parole sincère. Pour mieux connaître le parcours de Mourad Benchellali :

http://livre.fnac.com/a1855217/Mourad-Benchellali-Voyage-vers-l-enfer

http://www.rue89lyon.fr/2014/09/05/mourad-benchellali-ex-detenu-de-guantanamo-en-route-le-djihad/

SYRIZA, un pari des écologistes Européens.

La victoire de SYRIZA en Grèce va marquer un changement de politique économique. Pour les Grecs, l’espoir d’une amélioration de la situation. Pour le reste de l’Europe, le doute ou l’espoir. Le programme de SYRIZA repose principalement sur une renégociation de la dette Grecque, sur une fiscalité plus juste, sur le combat contre la corruption, sur la création d’un cadastre, et sur une amélioration des services publics, notamment ceux liés à la santé. Ces mesures sont indispensables. Non seulement pour améliorer la situation budgétaire Grecque mais aussi pour enfin endiguer le désespoir du peuple Grec.
Si les écologistes français ont soutenu Alexis Tsipras, ses choix politiques en matière d’écologie manque de souffle.
Parmi ses engagements en matière d’écologie, la suppression d’un projet d’exploitation d’une mine d’or à Shouries dans le nord du pays, le renoncement à un méga projet touristique de luxe à Hellinikon. Malheureusement dans le même temps SYRIZA est favorable à la construction de centrales à charbon.
Les Ecologistes ont malgré tout décidé de soutenir Alexis Tsipras car il représente une réelle possibilité de changement de la politique européenne. Les Ecologistes font également le pari qu’Alexis Tsipras, rejetant la politique libérale actuelle, et ne pouvant mettre en œuvre une politique keynésienne, fera le choix de la transition écologiste. L’avenir nous le dira.

Fermeture de l’internat Favre ; le choix du renoncement ?

Non la fermeture de l’internat municipal Favre à la Croix Rousse ne passe pas ! Cet après-midi, un cortège de manifestants s’est fait entendre devant la mairie du 4ème arrondissement dont le maire David Kimelfeld est le 1er vice-président de la Métropole, puis devant la mairie de Lyon à l’occasion du conseil municipal.

Le 8 décembre dès que le personnel de l’internat a appris cette décision par leurs syndicats, un mouvement de colère et d’indignation s’est élevé. L’explication officielle est enfin venue d’Anne Brugnéra, adjointe à l’éducation de la ville de Lyon « La réforme des rythmes scolaires fait augmenter notre budget. Nous devons donc faire des efforts. Nous ne pouvons pas assumer seuls les coûts de fonctionnement de l’établissement. »

L’emplacement de cette structure rue Chazière, où le foncier bat des records, pourrait laisser imaginer bien d’autres projets pour cet emplacement unique à la Croix Rousse….

Le premier coup est venu du Gouvernement Fillon.

A partir de 2010, L’internat n’étant pas éligible semble-t-il au dispositif des internats d’excellence lancé par le Gouvernement Fillon, s’est retrouvé en difficulté financière. Des négociations avaient eu lieux, l’État s’était alors engagé à assurer une subvention mais minorée de 35 % par rapport à celles versées avant 2010. Au lieu des 485 000 euros, l’Etat subventionnait l’internat à la hauteur de 200 000 euros. Cette subvention s’arrêtait donc fin décembre 2014.

Il était donc fort cocasse cet après-midi d’entendre Emmanuel Hamelin un des plus anciens leaders de l’UMP à Lyon annoncé micro en main, son soutien aux salariés dépités, et son engagement dur comme fer au maintien de l’existence de cette structure. Il y a des jours où le ciel vous tombe sur la tête !

L’internat Favre, un nouvel acte de la politique de droite complexée de Gérard COLLOMB ?

Et voilà l’ami du peuple, Gérard Collomb qui fort du retrait définitif de l’Etat désengage la Métropole. Les 1.2 million d’euros nécessaires au fonctionnement de l’établissement ne seront pas mobilisés. Autre cocasserie de l’après-midi, à l’heure où les manifestants sous la pluie hurlaient leur colère, le camion d’un traiteur essayait de sortir de la mairie au milieu de la foule…était-ce le fameux caviar de la gauche éponyme ?

Depuis le début de son mandat, il faut reconnaître que l’acceptation des mesures de l’exécutif municipal est à l’inverse du relatif succès de Gérard Collomb dans les urnes. Que ce soit la mise en place des nouveaux rythmes scolaires, le projet de déménagement de la Maison de la danse à la confluence, la récurrente affaire du grand stade, les tarifs de la piscine du Rhône, le projet de TOP… la dynamique Collomb des premières années est enrayée, ça sent la fin avant l’heure. Le soutien du maire à la politique économique du Gouvernement, ses embardées libérales sur le monde du travail n’ont fait qu’accroître le fossé entre lui et une population de plus en plus nombreuse à ouvrir les yeux sur le système municipal actuel ?

Pourtant la triste actualité démontre s’il le fallait, l’importance de l’éducation. Renoncer à la jeunesse s’est faire le lit de l’ignorance, mère de tous les dangers. Il y a un grand nombre de jeunes qui mériterait la chance d’être admis dans une structure pédagogique, capable de les mettre en projet. Fort de tous ses cumuls de mandats, si importants pour « défendre la ville », Gérard COLLOMB serait sans doute bien inspiré de mettre autour de la table l’ensemble des acteurs éducatifs, les parents, les syndicats de salariés, et les financeurs pour trouver une solution ambitieuse pour cette structure.

Blasphème Vs République

Mahomet en une du «Charlie Hebdo» de mercredi

Depuis une semaine, après le massacre d’une partie de l’équipe de Charlie Hebdo et les assassinats de Français dans un supermarché Casher, la France s’est retrouve groggy par cette haine Islamique sur notre territoire. Après la stupeur, comme soulevé par l’indignation et l’atteinte à ses valeurs Républicaines, les citoyens de ce pays, en masse se soulèvent. La foule innombrable dans les rues l’a prouvé.

Pourtant à bien y regarder, cette foule immense est la France, mais pas toute la France…Nombreux sont également ceux qui sont resté chez eux.

Les premiers pour éviter de se sentir récupérés sont toujours sur un positionnement opposé à ce qui fait sens pour le plus grand nombre. Positionnement classique de ceux qui souhaitent toujours jouer leur partition à un rythme différent des autres, les éternels chicaneurs et ergoteurs de tous poils. Passons.

Les autres en opposition ferme à ces valeurs de liberté : liberté de la presse et d’expression. Le blasphème est en question. Pour me risquer parfois, à ce que je considère comme un sourire ou une gentille provocation auprès de jeunes musulmans, je reçois de leur part indignation, colère et menace. Oui pour une partie des français, rire de la religion, s’en moquer, la tourner en dérision est ressenti comme une insulte grave et impardonnable. Le blasphème qui pour moi est un rire et ressenti par eux comme insultant.

La notion de blasphème est une notion uniquement religieuse. La liberté d’expression connaît la limite de la calomnie, de l’incitation à la haine, mais ne reconnaît pas la limite de notion considérée sacrée uniquement par la religion. Le droit au blasphème n’a donc par de réalité juridique.

Pourtant cette notion est reprise abondamment, et ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard. Dans plusieurs pays européen cette notion existe et quiqu’onc blasphème peut être condamné. C’est le cas en Allemagne, en Autriche, en Irlande…C’est bien sûr le cas dans la plupart des pays musulmans et là les risques encourus sont d’une autre nature qu’en Europe. L’argument du respect dû aux religions est mis en avant. Heureusement, et c’est tout l’enjeu de « nous sommes Charlie » la possibilité de blasphémer est liée à la liberté d’expression. Ce sont les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui garantissent à tous citoyens la liberté d’expression tant qu’il n’y pas atteinte à l’ordre public.

Je crois que les français dans l’esprit Révolutionnaire de 1789 ont bien compris ce qui était en jeu. Derrière ces monstrueux attentats se cachent la volonté de mettre au pas la République et que la religion considérée sacré par certains le devienne pour tous. La France se reconfessionnalise en partie par l’Islam c’est évident, mais pas seulement ; quand Nicolas Sarkozy dans son discours de Latran avançait la prédominance du curé sur l’instituteur et le concept de laïcité positive, il n’en faisait pas moins.

Dans une société qui de toute part perd ses repères, la République est en danger. Elle nous a appelées tout dernièrement. Sachons rester sur nos gardes sur la tentation du retour au religieux, pour que l’esprit des Lumières guide nos choix de société, soyons Charlie.

Ecotaxe, comment la démagogie a fini par gagner.

L’écotaxe ; une idée qui faisait consensus et qui prend fin sans avoir été mise en œuvre. Mais qui hélas entre temps a créer un coût énorme : près de 800 millions d’euros. L’idée de Jean Louis Borloo et de Nicolas Sarkozy a donc fait long feu. Peu défendu par la droite elle-même, seuls les écologistes en ont défendu le principe.

Cette taxe payable au kilomètre devait frapper tous les transports par poids lourds (français ou étrangers), elle aurait permis de rationaliser l’organisation des transports de marchandise (optimisation des circuits routiers et attractivité des modes alternatifs à la route), au bénéfice de la qualité de l’air et de l’état des routes. Elle aurait contribué à réduire la concurrence déloyale et aurait favorisé la compétitivité des circuits économiques courts au détriment des transports longs.

Le mouvement réactionnaire et identitaire Breton à la manœuvre.

Un conglomérat bretonnant de la droite régionaliste à la gauche de circonstance (Christian Troadec), en passant par la FNSEA, tous au cri de « Bretons » a défilé bonnet rouge et violences habituelles, et a fini par faire plier le Gouvernement. Les portiques brûlés, les bâtiments publics attaqués…et hélas une foule d’ouvriers aveuglés et exaltés, embarqués sur le bateau d’un patronat réactionnaire.

Forcément quand on produit de manière industrielle et polluante de la viande de porc en France, qu’on fait voyager par camion dans toute l’Europe sa production pour optimiser ses coûts de production, on n’a pas trop envie de payer davantage. Cette mesure aurait sans doute permis à terme une production de meilleure qualité, réalisée sur place et pas pour partie en Allemagne ou en Pologne, mais ça les ouvriers ne l’ont pas compris.

Le lobby du transport routier vent debout.

Le lobby routier était sur ses gardes. Des taxes déjà annoncées, EELV dans la majorité au Parlement…beaucoup d’indices qui pesaient contre le monde du camion. La lutte contre le projet d’écotaxe était déjà bien amorcée, quand les premiers manifestants ont pointé le bout de leur bonnet rouge. Là déjà les Gouvernements successifs ont péché par naïveté, à moins que cela soit pour dissimuler une motivation molle à mettre en place l’écotaxe. A n’en pas douter les camionneurs allaient s’agréger aux mécontents de tous poils. Il aurait surement fallu les impliquer dans les négociations et leur faire comprendre l’intérêt de l’écotaxe qui permet de rejeter les grands transporteurs internationaux des routes de France.

Une logique gouvernementale qui en manque pas mal.

Avant même son arrivée au Gouvernement Ségolène Royal s’est dit contre une écologie punitive, soit. Manuel Vals le Premier ministre avait fait une déclaration d’amour au Medef, soit. Donc le principe du pollueur payeur semblait avoir pris du plomb ! Aucune concertation ne semble avoir eu lieu entre la Ministre et le Ministre de l’économie. Pourtant les enjeux financiers étaient importants ; le contrat avec Ecomouv était blindé. Ségolène Royal nous a fait du Ségo 100 %, la dame de fer du Poitou avait décidé. La cacophonique gouvernementale n’est plus à ça près.

 Une nouvelle taxe s’impose !

Pollutaxe (3)

Après cet enterrement de 1ère classe, il apparaît pourtant nécessaire de remettre la question des recettes de financement de nombreux projets d’infrastructures de transports collectifs. L’idée du pollueur payeur reste quand même un levier important pour assurer une mutation du transport routier en partie vers le rail et pour à terme fixer la production dans les territoires français.

Si on ne veut pas que cela finisse par être le pollué le payeur, la nécessité d’une nouvelle taxe s’impose. Les tristes leçons de l’écotaxe devraient engager le Gouvernement à plus de préparation sur la loi ; revenir sur cette idée de partenariat public-privé trop favorable aux intérêts du privé, et revoir les barèmes pour que cette taxe ne soit pas davantage payée par les petits transporteurs au dépend des plus gros. Davantage de pédagogie dans la forme, le soulèvement breton bien orchestré, doublé d’une passivité remarquable du reste des français doit amener à préparer l’arrivée d’une telle mesure par une explication pédagogique. La mutation du système est à ce prix aussi.