Jean Jaurès ; la République et la paix.

Ces jours est célébré par nos édiles lyonnaises le dernier discours public que Jean Jaurès prononça à Vaise, alors commune autonome dont la population ouvrière était importante. Au-delà de la simple commémoration d’un homme politique qui compta dans cette troisième République, c’est l’occasion de retrouver les discours forts que cet homme prononça, d’en retrouver l’esprit et de les confronter à la situation actuelle de notre pays. Commémorer Jean Jaurès, c’est s’approprier son message, c’est donner sens à nos interrogations et nos comportements.

Jean Jaurès bien après sa mort en 1914, a marqué par sa puissance intellectuelle et visionnaire plusieurs générations, son influence morale guide la construction politique de notre Nation dans la confortation des valeurs de la République :

 De la dénonciation du scandale de Panama en 1893 : « Nous sommes ici pour y substituer un ordre social plus juste ».

De la dénonciation du pouvoir dans l’affaire Dreyfus en 1898 : « Vous êtes en train de livrer la République aux généraux ! ».

De sa lutte contre la peine de mort, dans sa lutte pour la laïcité en 1905 dans la séparation des Eglises et de l’Etat. Dans sa dénonciation des nationalismes, voyant le péril d’une guerre européenne.

 Si Jean Jaurès fut un ardent défenseur de la paix, et un grand défenseur de la cause du peuple, il se garda de guider ce dernier vers les tentations révolutionnaires. Rejetant l’idée de révolution, mais démocrate et réformiste, il a écrit un discours à la jeunesse en 1903 dont voici les extraits les passages les plus forts :

« Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos (…) La guerre devient plus difficile, parce qu’avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile, parce qu’avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile parce que la science enveloppe tous les peuples dans un réseau multiplié, dans un tissu plus serré tous les jours de relations, d’échanges, de conventions ; et si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d’aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif (…) Enfin, le commun idéal qui exalte et unit les prolétaires de tous les pays les rend plus réfractaires tous les jours à l’ivresse guerrière, aux haines et aux rivalités de nations et de races. Oui, comme l’histoire a donné le dernier mot à la République si souvent bafouée et piétinée, elle donnera le dernier mot à la paix, si souvent raillée par les hommes et les choses, si souvent piétinée par la fureur des événements et des passions (…) Non, je ne vous propose pas un rêve décevant ; je ne vous propose pas non plus un rêve affaiblissant. Que nul de vous ne croit que dans la période encore difficile et incertaine qui précédera l’accord définitif des nations, nous voulons remettre au hasard de nos espérances la moindre parcelle de la sécurité, de la dignité, de la fierté de la France. Contre toute menace et toute humiliation, il faudrait la défendre : elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu’elle est la France, et parce qu’elle est humaine (…)

 La capacité à débattre sans se déchirer, la force de la démocratie et de la solidarité pour lutter contre les déchirements et les guerres, le refus de tous les obscurantismes…ces messages restent d’une actualité cent ans après la mort de cet homme, ils nous amènent à réfléchir aux dangers de tous les totalitarismes nationalistes ou religieux qui menacent nos démocraties, ils nous guident vers une société plus éclairée et plus solidaire.

 

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